© Savine Dosda
2013, 13 photographies en noir et blanc et en couleurs

Dans la lignée de la série intitulée Mirages, je reviens dans ce travail à ma profonde préoccupation pour la lumière, agissant sur moi comme un partenaire ou un interlocuteur à part entière. Lumière intérieure, noire, violente, envahissante et autoritaire ; lumière-symbole, lumière-forme, lumière pure, lumière bienveillante, lumière malfaisante.

Dans cette relation avec la lumière, je suis « agie » plutôt que je n’agis et je deviens, à l’image de mon support, photosensible. Les images qui résultent de ce double processus d’empreinte ont sur moi un effet captivant.
Le sujet y cède rapidement la place, au profit d’un travail sur la forme dans sa dimension d’abstraction
ou d’apparition mystique.

La série s'intitule Dessins en référence à ma première pratique artistique, que j'ai abandonnée progressivement
au profit de la photographie. Plus qu'une dédicace nostalgique, j'ai choisi ce titre car j'ai travaillé ces photographies de la même manière que je dessinais :

- c'est-à-dire instinctivement et quotidiennement : j'utilisais le téléphone portable pour la première fois,
comme un carnet de croquis toujours présent dans mon sac ou dans ma poche, au contraire de mon moyen format argentique que je ne sortais que quand j'avais l'intention de faire des photos.

- en travaillant la spontanéité du geste en rapport immédiat avec la sensation impérieuse qu'il "faut",
ici et maintenant, faire une photographie.

- en reprenant le geste autant de fois que nécessaire pour que la forme soit parfaitement ressemblante
à mon émotion, afin qu'elle s'apaise.

Il n'y a pas à proprement parler de « sujet » dans ces photographies. Il s'agit du résultat d'un travail visant
à dessiner avec la lumière une émotion qui n'a pas de support visuel concret, ou véritablement reconnaissable.
Dans un deuxième temps, à la sélection, les formes créées deviennent le support de l'imagination de chacun : crâne, méduse cubique, vaisseau futuriste, créatures des abysses, apparitions...

Dans la série Dessins, l'émotion prend forme, puis la forme fait sens par ce que l'on veut bien y projeter.

La série est construite en deux temps : d'abord la plongée dans la forme pure de la lumière et l'exploration de la nuit ; puis un sursaut de violence suivi d'un apaisement.

La forme d'exposition que je souhaite donner à la série Dessins est celle d'une installation.